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VIH : quand les réseaux sociaux amplifient la stigmatisation

L’annonce des 35 000 nouveaux cas de VIH au Cameroun n’a pas seulement suscité des inquiétudes sanitaires. Sur les réseaux sociaux, elle a surtout révélé l’ampleur des préjugés et de la stigmatisation qui entourent encore la maladie.

Les chiffres publiés par le Comité National de Lutte contre le Sida sont sans appel : plus de 35 000 nouvelles infections au VIH ont été enregistrées au Cameroun en 2025. Plus marquant encore, 67,7 % de ces nouvelles infections concernent des femmes, en majorité âgées de 15 à 49 ans, une tranche d’âge active, au cœur de la vie économique et familiale.

Des données préoccupantes, qui rappellent que l’épidémie est loin d’être maîtrisée. Pourtant, au-delà de l’alerte sanitaire, c’est une autre réalité qui s’est imposée avec force : celle des réactions suscitées en ligne.

BLAGUES, JUGEMENTS ET DÉSINFORMATION

En quelques heures, la gravité du sujet a été détournée. Sur les réseaux sociaux, les publications se sont multipliées, oscillant entre moqueries, raccourcis et désinformation. Certains ont réduit la question du VIH à des comportements jugés « immoraux », évoquant le « désordre sexuel » comme cause principale. D’autres ont partagé des messages ironiques ou culpabilisants, comme ces statuts sur l’application WhatsApp insinuant que « seuls ceux qui ne republient pas un type de statuts ont le VIH.»

Derrière ces réactions, une tendance persistante : transformer une question de santé publique en terrain de jugement social.

UNE STIGMATISATION QUI FAIT PLUS DE MAL QUE LE SILENCE

Ces discours ne sont pas anodins. Ils participent à entretenir un climat de peur et de honte autour du VIH. Or, la stigmatisation est l’un des principaux obstacles à la lutte contre l’épidémie. Elle freine le dépistage, empêche les personnes concernées de parler librement, et éloigne celles et ceux qui pourraient avoir besoin d’un accompagnement. On ne sensibilise pas en humiliant. On n’informe pas en stigmatisant. À force de juger, on invisibilise. Et à force d’invisibiliser, on laisse le problème s’aggraver.

VIVRE AVEC LE VIH AUJOURD’HUI : CE QUE BEAUCOUP IGNORENT ENCORE

Contrairement aux idées reçues, vivre avec le VIH aujourd’hui n’est plus synonyme de condamnation. Grâce aux traitements antirétroviraux, une personne séropositive qui suit correctement son traitement peut vivre longtemps, en bonne santé, et réduire considérablement le risque de transmission du virus. L’Organisation mondiale de la santé rappelle d’ailleurs que l’accès au traitement et au suivi médical transforme profondément le quotidien des personnes vivant avec le VIH.

Mais ces avancées restent encore trop peu connues ou éclipsées par des discours simplistes et stigmatisants.

POURQUOI LES FEMMES PAIENT LE PRIX FORT ?

Les chiffres du Comité National de Lutte contre le Sida mettent en lumière une réalité préoccupante : les femmes sont les premières touchées. Cette vulnérabilité s’explique par des facteurs bien documentés : dépendance économique, difficulté à négocier l’usage du préservatif, violences basées sur le genre… Autrement dit, le VIH n’est pas seulement une question de comportement individuel. C’est aussi une question de contexte social, d’inégalités et de rapports de pouvoir.

INFORMER SANS STIGMATISER : UN DÉFI COLLECTIF

Face à ces constats une question s’impose : comment mieux sensibiliser ? Les réseaux sociaux, s’ils peuvent amplifier les préjugés, peuvent aussi devenir des espaces d’information et de pédagogie. À condition de changer le regard. Informer, ce n’est pas juger. Sensibiliser, ce n’est pas humilier. Dans la lutte contre le VIH, les mots comptent. Ils peuvent enfermer, blesser, exclure. Mais ils peuvent aussi éclairer, protéger et faire évoluer les mentalités.

Et aujourd’hui, plus que jamais, c’est cette seconde voie qu’il faut choisir.

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