Depuis quelques mois, les avis de recherche envahissent les réseaux sociaux avec un mot qui revient sans cesse ! : « disparu ».
Enfants, adolescents, adultes, personnes âgées…, Aucune tranche d’âge ne semble être épargnée. À peine une publication disparaît-elle du fil d’actualité qu’une autre surgit déjà. Sur WhatsApp, les messages circulent à une vitesse impressionnante . Dans les groupes, chacun repartage, relaie, transfère. Souvent avec colère, parfois avec peur.
« Rendez l’enfant là. », « Même les vieux vous kidnappez maintenant ? », « Si c’était ta sœur tu allais partager ! »
Au début, ces publications suscitaient un choc. Aujourd’hui, elles s’installent dans le quotidien des internautes camerounais. Et c’est justement ce qui inquiète : la disparition devient une habitude visuelle.
LE POUVOIR ET LE DANGER DU REPORTAGE

Lorsqu’une personne disparaît, les réseaux sociaux deviennent le premier réflexe. Les familles comptent sur la force du numérique pour toucher le plus de monde possible en un court laps de temps. Dans certains cas, cette mobilisation a permis de retrouver des personnes au plus tôt. Mais cette mécanique du repartage a aussi son revers.
À force de vouloir publier vite, beaucoup diffusent des informations sans vérifier leur authenticité. Des anciennes alertes refont surface. De faux témoignages circulent. Et parfois, des publications annoncent qu’une victime « a été retrouvée », alors que la famille continue activement les recherches.
Le problème est là, dès qu’un message affirme que l’enfant est rentré chez lui, l’attention retombe immédiatement. Les gens arrêtent de partager. Les recherches ralentissent. L’émotion passe à autre chose.
Et dans ce flot d’informations incontrôlées, certains craignent désormais que les ravisseurs eux-même n’utilisent cette stratégie pour brouiller les pistes. Faire croire qu’une personne a été retrouvée permettrait d’éteindre considérablement la mobilisation autour de sa disparition. Le même outil qui aide à retrouver peut donc aussi servir à désorienter.
UNE PSYCHOSE CONSTANTE
Dans plusieurs familles, les habitudes changent. Certains parents évitent désormais de laisser leurs enfants seuls. D’autres multiplient les appels pour vérifier qu’un proche est bien arrivé à destination.
Cette inquiétude grandit parce que les disparitions ne sont plus des faits isolés. Elles se répètent, encore et encore, jusqu’à créer une forme de peur collective.
Mais paradoxalement, plus les cas augmentent, plus le risque de banalisation devient réel. Les affiches défilent tellement qu’elles finissent parfois par perdre leur impact. On regarde, on partage, puis on continue sa journée.
Pourtant, derrière chaque photo, il y a une famille qui attend impatiemment le coup de fil libérateur. Une mère qui ne dort pas. Des proches qui fouillent les hôpitaux, les commissariats et les quartiers dans l’espoir d’obtenir une information.
AU DELÀ DES RÉSEAUX SOCIAUX
Cette multiplication des disparitions soulève forcément des questions. Que se passe-t-il réellement ? S’agit-il uniquement de fugues et de conflits familiaux, ou d’un phénomène plus profond ? Pourquoi les populations ont-elles aujourd’hui le sentiment que les réseaux sociaux sont devenus le principal, pour ne pas dire, le seul moyen d’alerte ?
Une chose est certaine : le mot « disparu » provoque désormais une inquiétude immédiate chez de nombreux Camerounais. Parce qu’au-delà des publications et des repartages, c’est un climat d’insécurité et d’incertitude qui progressivement, prend racine.
